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Quinze ans après le 14 février 2005, Saad Hariri a fini de dilapider l’héritage

Tous les regards sont tournés, en ce 14 février 2020, sur Saad Hariri, l’héritier de son père Rafic Hariri, pulvérisé en ce jour de la Saint-Valentin 2005 à Beyrouth. L’assassinat de l’ancien premier ministre fut une occasion pour que les Libanais, de tous bords, se révoltent contre l’occupant syrien qui avait longtemps semé la terreur chez eux et qui continue de massacrer son propre peuple depuis mars 2011.

Tous les Libanais attendent Saad Hariri et son discours à la cérémonie commémorant l’assassinat de son père. Il est surtout attendu sur le point crucial relatif à « l’Alliance du 14 mars », une alliance entre les partis souverainistes qui avaient demandé et obtenu le retrait syrien en avril 2005. Saad Hariri fera-t-il son mea culpa, lui qui avait tellement changé de bords et longtemps cohabité avec les assassins de son père ? Parviendra-t-il enfin à tourner la page de ses tergiversations et de ses petits arrangements avec ses adversaires pour renouer avec ses véritables alliés naturels ?

Car, il n’est plus un secret pour personne que Saad Hariri a dilapidé tout l’héritage de son père. Il en va de l’héritage financier, puisque ses affaires ont fait faillite en Arabie saoudite et au Liban. La compagnie de construction Saoudi Oger a été liquidée et des dizaines de milliers d’ingénieurs et d’employés ont été licenciés, très souvent sans indemnisations et certains ont traduit Hariri devant la justice. Au Liban, les affaires ne sont guère plus fleurissantes. Il a d’abord fermé le quotidien Al-Mustaqbal (le Futur), puis de la télévision qui portait le même nom. Pourtant, ces deux médias lourds étaient ses porte-paroles.

La débâcle financière, accélérée par la gabegie et le mauvais conseil, a hâté la faillite politique. Saad Hariri a commencé par cohabiter avec les exécutants de son père, à savoir le Hezbollah (depuis 2008 et les accords de Doha consécutifs à la razzia de Beyrouth de mai 2008), puis s’est rendu chez le donneur d’ordre, Bachar Al-Assad, en présentant de plates excuses de l’avoir accusé de ce crime (2009). Pourtant, ils l’ont renversé en janvier 2011 alors qu’il était en réunion avec Barak Obama à la Maison-Blanche. Mais cette soumission et compromission ne ne sont pas arrêtées là. Hariri s’est allié à Michel Aoun et Gebran Bassil (2016) pour garder son poste de Premier ministre, dans l’espoir de renflouer ses affaires. Mais Aoun et Bassil s’en sont servis avant de l’éjecter. Le premier a réussi à se faire élire à la Présidence, et son gendre s’est arrangé pour nommer ses hommes dans l’administration.

Saad Hariri était pourtant prévenu que son alliance était à sens unique et que ses alliés n’étaient pas fiables. Il savait pertinemment que Aoun et Bassil n’étaient que la vitrine chrétienne du Hezbollah et que leur objectif était de détruite les souverainistes, à commencer par le Courant du Futur, du Parti Socialiste Progressiste de Walid Joumblatt, et des Forces Libanaises de Samir Geagea.

Son amateurisme politique et l’appât du gain ont poussé Hariri à s’associer avec Aoun, Bassil, le Hezbollah et même le Parti National Syrien, lors des élections législatives de mai 2018 et d’y perdre non seulement une douzaine de sièges au Parlement, mais surtout son âme et sa dignité. La révolution du 17 octobre 2019 l’a définitivement éjecté du pouvoir, sans doute pour longtemps. Car fragilisé financièrement et abattu politiquement, il a aussi perdu le leadership sunnite et ne peut plus prétendre représenter cette communauté.

De l’une des plus importantes fortunes de la région, voire du monde, de leader sunnite libanais, d’ami des présidents et rois arabes et occidentaux, Saad Hariri ne garde que des miettes. Il peut cependant s’estimer heureux qu’il soit encore en vie. Car dans leur tradition, ses alliés exécutent leurs agents à la fin de leurs missions ou quand ils deviennent encombrants. Est-ce pour cette raison qu’il continue à avaler les couleuvres et de refuser de se rebeller contre les assassins de son père, devenus ses partenaires ? Finira-t-il par saisir l’occasion du 14 février pour enfin renouer avec ses vrais partenaires souverainistes pour aller de l’avant et bâtir le Liban dont rêvaient tous les martyrs du 14 mars ? L’espoir reste permis.

Paolo S.

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